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[Histoire] 1886, première insurrection anarchiste en Belgique

 

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Le contexte

En 1886, la Belgique traverse une grave crise économique : forte baisse des salaires, chômage généralisé, journée de treize heures pour ceux qui ont du travail3 et absence de politique sociale4,5.

Politique

Le suffrage censitaire est à cette époque d’application en Belgique. Seul ceux qui payent le plus d’impôts disposent du droit de vote. Autrement dit, 2% de la population détiennent le droit de se rendre aux urnes6. Les ouvriers ne sont pas représentés durant les élections, n’ayant pas assez de revenus pour payer le cens. C’est le parti catholique qui remporte les élections cette année-là face au parti libéral, l’autre grand parti du moment6.

Social

Les conditions de vie sont déplorables. Les foyers sont chargés d’humidité, les infections et les maladies se propagent rapidement et les logements sont souvent étroits pour les familles qui s’entassent dans une seule pièce6.

Les ouvriers dépendent des patrons qui ont le sort de leurs salariés entre les mains. Ils peuvent les engager et les renvoyer à leur convenance, en fonction du marché, en vue de produire un maximum de bénéfice. Habituellement, le logement dans lequel les travailleurs vivent est propriété du patron de l’entreprise pour lesquels ils travaillent. Lorsqu’un employé se fait congédié, il perd son travail mais également sa maison. Aucune aide sociale n’est mise en place pour l’aider à vivre et son sort dépend des œuvres de bienfaisance ou des hautes familles bourgeoises7.

Les modalités de travail sont laborieuses pour les hommes, les femmes et pour les enfants. Des jeunes de 12 à 14 ans se retrouvent à œuvrer dans les charbonnages pendant plus de 12 heures par jour sans empocher assez d’argent pour subvenir à leurs besoins primaires8.

Ces facteurs vont enclencher en Belgique, en 1886, des grèves ouvrières9. Les travailleurs exigent plus de considérations. Les mineurs sont nombreux à être malades. Ils sont traités comme des animaux et remplacés par des ouvriers étrangers qui sont dans de pires conditions. Un travail est dur à trouver. La diminution du salaire n’est prévenue que lorsqu’ils le reçoivent. Ils exigent une rectification positive des caisses de pension10.

Les grèves

À Liège et environs

L’affiche du Groupe anarchiste révolutionnaire de Liège.

Le 17 mars, un groupe d’anarchistes va coller sur les murs de la ville un bon nombre d’affiches faisant appel aux travailleurs11,12. Ces affiches vont mettre en avant les conditions de vie auxquelles les ouvriers sont confrontés. Voici un passage de cette affiche « Continuerons-nous à laisser nos femmes et nos enfants sans pain, quand les magasins regorgent de richesses que nous avons créées. Laisserons-nous éternellement la classe bourgeoise jouir de tous les droits, de tous les privilèges et refuser toute injustice et toute liberté à ceux qui la nourrissent, à la classe des producteurs »13. Ce groupe d’anarchistes donne rendez-vous aux ouvriers le jeudi 18 mars à la place Saint-Lambert pour célébrer le 15e anniversaire de la commune de Paris13.

Jules d’Andrimont, le bourgmestre libéral de Liège autorise la manifestation car selon lui, le groupement anarchiste « était d’étendue et d’activité aussi récente que faible »14. Pour cette raison, le bourgmestre prévoit 22 agents de police sur les lieux15.

Le jeudi 18 mars les ouvriers se rassemblent et sont plus nombreux que prévu16. Contre toute attente, plusieurs milliers d’ouvriers, de jeunes chômeurs, des femmes, répondent à l’appel des anarchistes liégeois dont Jean-Joseph Rutters et Édouard Wagener4. La foule crie : « Vive la République ! », « Vive la Commune », « Vive l’ouvrier ! », tandis qu’on chante La Marseillaise17,3.

Le cortège commence à 19 heures et dure une demi-heure, sans débordement. À 19h30, les ouvriers sont réunis sur la place Saint- Lambert13. L’agitation commence à se faire sentir. Wagener, l’un des membres du groupe anarchiste prend la parole et prononce un discours : « Citoyens ouvriers, vous venez de passer par les rues les plus riches de la ville. Qu’avez-vous vu ? Du pain, de la viande, des richesses et des vêtements. Eh bien ! Qui a procuré cela ? Est-ce vous ? (…) Vous tous crevez de faim, vous n’avez pas à manger, vous n’avez rien sur le corps. Non ! non ! Eh bien, vous êtes des lâches »16. Suite à ces paroles un deuxième cortège a lieu18.

Trois à quatre mille personnes manifestent, harcelées par la police, la gendarmerie, la garde civique (milice bourgeoise), les charges de cavalerie. Lors du passage du cortège dans les quartiers riches de la ville, des boutiques sont pillées. Cette fois, en moins de 10 minutes des vitrines de magasins sont brisées, les enfants lancent des pierres dans les magasins ouverts, les biens publics sont saccagés, du pétrole enflammé est projeté sur les gendarmes à cheval. Des coups de feu sont échangés. La police n’a pas le temps d’intervenir18.

À 20h30, les autorités communales se rassemblent à l’Hôtel de ville. Le bourgmestre M. Andrimont, envoie les gendarmes et une compagnie de chasseurs au « Quai des pêcheurs » (aujourd’hui, quai Édouard Van Beneden) qui se situe près de la place Delcour pour empêcher tout autre débordement. Des bagarres ont lieu et les manifestants se dirigent vers les rues voisines. Plus ou moins 500 manifestants se trouvent au centre-ville où des scènes de pillage et de violence ont lieu19.

À 21h30 les gendarmes ainsi que le bourgmestre arrivent sur la place Saint-Lambert accueillis par des huées. Des arrestations ont lieu. Affrontements et pillages durent toute la nuit : 17 blessés, dont 6 du service d’ordre, 104 immeubles endommagés17. Wagener et 46 autres personnes sont arrêtées20. Le lendemain, le calme revient4

Sans relation directe avec les événements de la veille, le lendemain, les mineurs du Charbonnage de la Concorde de Jemeppe-sur-Meuse arrêtent le travail. Ils réclament une augmentation de salaire21.

Le 20 mars, les arrêts de travail se poursuivent jusqu’à Ougré, Seraing, Flemalle et Tilleur malgré les mobilisations de l’armée qui tente de prévenir les regroupements spontanés. Plus les grèves se répandent et plus la violence augmente15,22. Afin d’éviter l’extension de la grève « tous les passages entre les deux rives du fleuve sont filtrés ; seul un laisser-passer délivré par les bourgmestres, donne une possibilité de communication »23.

Dans les jours qui suivent, les autorités rassemblent des renforts de carabiniers, de lignards, de lanciers, des pelotons de marche de la gendarmerie venant de Bruxelles, Namur, Louvain, Waremme, Aywaille, Louveigné, du Limbourg et du Luxembourg. « Une véritable petite armée – flanquée de batteries d’artillerie, de compagnies du génie et des services d’intendance » selon l’historien Frans van Kalken3.

Dans le bassin de Seraing, la cavalerie est composée de 120 hommes24. Le bassin de Seraing est alors comme en état de siège. L’armée et la gendarmerie occupent les points stratégiques : maisons communales, gares, carreaux de charbonnages, passages à niveau3.

Ils sont disposés à une certaine distance les uns des autres pour assurer la sécurité des propriétés et des grandes industries. La sécurité est dure à établir car les groupes d’anarchistes débarquent par groupe de 100 à 150 personnes pour détruire les lieux24.

Dans la nuit de samedi à dimanche, des pillages ont lieu à Jemeppe, Tilleur et Saint-Nicolas. Ici, des maisons, des magasins, sont pillés et volés. Les gendarmes ne sont pas suffisants, des appuis sont arrivés de Namur, Louvain et Liège24. Le dimanche après-midi, une réunion a lieu à Seraing. Leermans, le conseiller communal, prononce un discours en faveur du suffrage universel. Il demande également aux ouvriers de se calmer25.

Suite à ces mouvements, des arrêtés communaux sont communiqués. Les fenêtres et portes donnant sur la voie publique doivent être fermées, on ne peut plus circuler librement, il faut un permis de circulation du bourgmestre. Les bourgmestres des périphéries de Liège ont par arrêtés, imposé aux tenanciers de bars de fermer à 19h. (p. 33 DT) Malgré ces mesures, la grève se propage dans les charbonnages25.

Le 24 mars, le tribunal correctionnel de Liège condamne à des peines allant de quatre à seize mois de prison une quarantaine de prévenus, inculpés d’avoir pris part à « l’affaire des anarchistes du 18 »3. En tout, ce seront 77 condamnations qui seront prononcées26.

À partir du 25 mars, le calme revient à Liège et certains ouvriers reprennent le travail21.

Dans le Hainaut

La « fusillade de Roux » du 29 mars 1886 (Le Monde illustré du 10 avril 1886).

Le 25 mars, à Charleroi, un début de grève au charbonnage du Bois Communal de Fleurus a lieu en raison de la remise du salaire de la veille21. Les ouvriers étaient mécontents de ne pas voir leur salaire augmenter27. Tôt dans la matinée, 190 ouvriers partent du charbonnage et se dirigent vers la société du Nord de Gilly28. Ils demandent à ce que la trait du matin soit remontée sous peine de couper les cordes. Beaucoup d’ouvriers arrêtent leur travail, d’autres rentrent chez eux. Le groupement se rend dans tous les charbonnages pour y faire arrêter le travail et exiger que les ouvriers remontent de la fosse27. Il y a beaucoup de violence. Les grévistes menacent les ouvriers désirant continuer le travail de couper les cordes ou encore de les jeter dans la fosse29. A 15 heure, le mouvement rassemble 500 à 600 personnes30. Lors de cette journée environ 30 arrestations ont lieu.

Le 26 mars 1886, les houillères du bassin de Charleroi cessent leur activité. Un rassemblement a lieu à 9h sur la place de Gilly où un millier de personnes répond à l’appel. La plupart des grévistes sont armés d’objets dangereux31.

A 10h, la foule commence à se déplacer. D’abord vers les Usines Robert directement mises à l’arrêt. Ensuite, à la verrerie Brasseur saccagée et mise à l’arrêt également. Ce sont ensuite deux puits d’extraction du Mambourg qui sont mis à l’arrêt. Les ouvriers au chômage n’avaient pas peur de détruire le matériel car il n’était plus symbole de leur salaire étant donné que ce matériel n’était désormais accessible qu’à quelques personnes. Ils n’avaient non seulement pas peur de le détruire mais il était nécessaire de le faire31.

Dans l’après-midi du 26 mars, des mineurs en grève organisent des piquets volants et arrêtent les laminoirs, les fonderies et les verreries de la région. Le bourgmestre de Charleroi, Jules Audent, leur interdit l’accès au centre de la ville. Les ouvriers se replient vers les usines dans les faubourgs de la ville.

Deux groupes de grévistes se forment à Charleroi-Nord : Le premier se rend à la verrerie Jonet où tout ce qui peut être détruit l’est, la production vitrière finie ou semi-finie, les fours, les verres en fusion, … Tout est saccagé. Le même sort est réservé aux autres verreries de la commune. Le deuxième groupe se rend à Dampremy et investi les entreprises verrières. Le groupe enjoint les ouvriers à cesser leur travail avant de vandaliser les lieux31.

Vers 16h à Jumet, entre 5000 et 6000 personnes se rendent à la verrerie Baudoux . La foule est comme atteinte de folie tant la haine est immense. Absolument tout est détruit par le feu. Après cela, la foule s’en prend au château de M et Mme Baudoux, si grand qu’il ne déclenche que plus de colère dans la foule qui s’empresse d’investir les lieux pour tout saccager et dérober les vins et champagnes, la soierie, les habits de cérémonie et les penderies. Les pertes sont évaluées à 2 millions32.

Non loin de la demeure Baudoux se trouve la demeure patronale de Mondron où toute la famille est réunie. Les ouvriers s’attroupent autour de la maison mais Mondron réussit à les faire partir en leur donnant de l’argent et du pain33.

Pendant ce temps-là, aux environs de 20h, la brasserie Binard du bourgmestre de Châtelineau, les verreries de l’Etoile , les hauts-fourneaux de Monceau, du Ruau et du puits n°4 de Martinet subissent le même sort33. A 21h, les grévistes se rendent à la glacerie de Roux où l’établissement est détruit par le feu. Des troupes envoyées par le ministre de la guerre sur demande du lieutenant-général Vander Smissen arrivent sur les lieux et font usage de leurs armes. Ils font 5 morts et une douzaine de blessés34.

Le 27 mars, la région de Charleroi est placée en état de siège. Le gouvernement rappelle alors 22 000 réservistes de l’armée et charge le lieutenant-général Alfred van der Smissen de rétablir l’ordre. A 7h, Vander Smissen et les troupes arrivent à Charleroi. Il donne l’ordre d’arrêter à tout prix les émeutes et autorise tous les habitants à s’armer afin d’assurer eux-mêmes leur défense34. C’est alors que des patrouilles bourgeoises s’organisent. Les bourgeois s’arment de fusils de chasse et de revolvers33.

Alfred van der Smissen donne l’ordre de tirer sur les grévistes sans sommation35 et une nouvelle fusillade a lieu dans la journée à Roux, lorsque des grévistes croisent une patrouille de bourgeois. Une dizaine de personnes sont mortes33.

Le mouvement de colère prend de l’extension dans tout le bassin Carolo : A Marcinelle, Fleurus, Ransart, Gilly, Soleilmont, Marchienne, Courcelles, les charbonnages, demeures patronales et abbayes sont toutes saccagées. La dispersion de la foule dans toutes ces communes de la région rend impossible la protection des lieux par les autorités33.

A la demeure du directeur du charbonnage de Trieu-Kaisin, plusieurs hommes tentent de s’introduire. Un soldat posté à la fenêtre du premier étage ouvre le feu. Il tue deux d’entre eux et fait un blessé grave. Ce soir-là, une affiche est collée dans toutes les rues de Charleroi, le bourgmestre invite les gens à rester chez eux36.

Le 29 mars 1886, le lieutenant-général Vander Smissen triomphe sur les émeutes37. On compte plus d’une vingtaine de morts parmi les manifestants dont douze tués dans la seule « fusillade de Roux »38,35, et des centaines de blessés5.
[ça fait donc plus de 150 ans que la famille de VDS joue le rôle cerbères du patronat]

Le 30 mars, les funérailles des grévistes morts durant les fusillades ont lieu. Vander Smissen prévient que les funérailles n’auront pas intérêt à être le lieu de nouvelles émeutes39.

Liens

Emission de la RTBF avec Julien Dohet.

[Analyse] Grèce : Un entretien avec Nikos Romanos, anarchiste emprisonné

Ils sont anarchistes, donc ils sont des terroristes

La plupart des lois antiterroristes grecques ont été promulguées en 2001, après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, par le gouvernement du PASOK (le parti socialiste grec). Leur cible principale étaient le “organisations criminelles”. En 2004, le gouvernement de Nea Démocratie (droite) a introduit l’accusation d’”organisation terroriste” et l’article 187A. Celui-ci définit quels sont la nature et les buts d’une organisation “criminelle” et d’une organisation “terroriste”, ainsi que la définition de “terroriste individuel”. Aucun acte concrète n’est nécessaire pour l’application de ces définitions, qui se basent sur les intentions et laissent une large marge de manœuvre aux juges.
Nikos Romanos a été condamné en 2014, avec d’autres compagnons, à 14 ans et 10 mois à la suite d’un double braquage dans la ville de Velvento, région de Kozani. L’accusation de faire partie de la Conspiration des Cellules de Feu n’a pas tenu, alors l’État grec les a, par la suite, condamnés pour “terrorisme individuel” (ce qui porte à des rallongements des peines écopées pour le braquage). Entre-temps, d’autres compas aussi commencent à être jugées avec cette interprétation extensive de l’article 187A. Ici un autre texte de Nikos à ce propos.

Cet entretien est tiré du journal grec Apatris et traduit en anglais par Crimethink.

Crimethink / mardi 19 mars 2019

Apatris : De quelle façon la nouvelle interprétation de la loi anti-terroriste touche ton cas ?
Nikos Romanos : Cette condamnation a un effet important pour nous, puisque cela signifie que certains d’entre nous passeront deux ou trois ans en plus en prison. Étant donné qu’on est en taule depuis plus de cinq ans, cette condamnation doit être vue comme une tentative de créer un statut de captivité permanente, basé sur loi “antiterrorisme” (art. 187A). Dans sons application, cette loi a pour but de produire le spectre de l’”ennemi intérieur”.

Des sentences déshumanisantes, une nouvelle interprétation répressive et l’application arbitraire de l’article 187A, la criminalisation de l’identité (politique) anarchiste, toutes ensemble ces mesures constituent un réseau de répression pénale qui enveloppe méthodiquement le mouvement anarchiste et ses militant.e.s emprisonné.e.s.

Cette condamnation précise ne doit pas être interprétée comme une attaque contre certains individus. Nous devons reconnaître qu’elle se situe dans la continuité de la politique antiterroriste grecque, qui a pour but de serrer un nœud coulant autour du cou de l’ensemble du mouvement anarchiste.

L’État profite du morcellement et de la manque d’analyse radicale qui caractérise le mouvement, comme la société dans son ensemble, pour intensifier ses attaques.

A. : Votre condamnation pour terrorisme individuel est la première de ce type en Grèce. L’article 187A de la loi anti-terrorisme laisse délibérément beaucoup de marge à l’interprétation de chaque juge, ce qui élargi l’arsenal que l’État a à sa disposition pour réprimer. Comment devrions-nous répondre à une loi de ce type et aux autres condamnations comme la votre, qu’on peut deviner qui suivront ?
N.R. : Ce qui donne des moyens accrus à l’État est la nature politique de la loi 187A, qui légitime toute interprétation possible de cet article. Nous avons affaire à une loi qui réalise en pratique le dogme de la « guerre au terreur » américaine. Cette loi prépare le chemin pour une chasse aux sorcières impitoyable contre les « ennemis intérieurs » et tou.te.s ceux/celles qui sont vu.e.s comme une menace pour l’État et les intérêts capitalistes.

En ce qui concerne notre réponse à ce processus, à mon avis nous devons avant tout comprendre que nous avons besoin d’un mouvement subversif organisé. Un mouvement qui soit capable de déstabiliser et de saper l’État et les plans des patrons capitalistes et de leurs pantins politiques, dans nos régions.

Pour être plus précis, nous devons commencer un processus d’auto-critique afin d’analyser nos erreurs, nos carences, nos faiblesses organisationnelles. Cette auto-critique ne doit ni nous caresser dans le sens du poil, ni laisser de la place au pessimisme et au désespoir. Notre but devrait être celui d’aiguiser la lutte subversive dans toutes les formes qu’elle peut prendre, afin de la transformer en un danger réel pour tout dirigeant. Une partie de ce processus est la reconstruction de notre mémoire historique, de façon qu’elle serve de boussole pour les stratégies de combat que nous employons. Nous devrions recommencer à parler de l’organisation de différentes formes de violence révolutionnaire, des pratiques d’illégalisme révolutionnaire et de la nécessité de les diffuser au sein du mouvement, de façon à triompher des « politiciens » (dans le sens sale et civil du terme) qui ont infecté nos milieux.

Cette discussion sera vide et sans effets si elle n’est pas connectée aux initiatives politiques des compas, afin de combler les lacunes dans notre pratique et d’améliorer nos perspectives à partir de ses conclusions. La meilleure réponse aux attaques judiciaires contre le mouvement est de faire en sorte que ceux qui les décrètent payent un coût politique élevé. Cela devrait arriver à l’entière pyramide de l’autorité – tout le monde, depuis les instigateurs politiques de la répression, jusqu’aux hommes de paille qui la mettent en œuvre, devrait partager la responsabilité pour la répression du mouvement.

Cette réponse est une partie du contexte historique général de notre époque, c’est notre proposition politique. Comme réponse aux guerres entre les nations, nous ne proposons rien de moins qu’une guerre de libération dans les métropoles capitalistes, une guerre de chacun.e contre tout ce qui est favorisé par le capitalisme.

A. : De quelle manière cette nouvelle interprétation de la loi touche les compas en dehors des murs des prisons, qui réfléchissent à s’engager dans l’action ?
N.R. : Cette décision crée un précédent vraiment négatif, qui augmentera l’ampleur de la répression pénale à l’encontre des anarchistes qui agissent et ont la malchance d’être capturé.e.s et et de devenir prisonnier.e.s de l’État grec. En substance, avec cette interprétation de la loi, ce qui est criminalisé est l’identité politique anarchiste. Dans la bouche du Procureur en Appel, ça donne : « Qu’est ce que ces actes pourraient-ils être d’autres que terroristes, puisque les accusés sont anarchistes ? ». Avec la nouvelle interprétation de « terrorisme individuel », ce n’est pas nécessaire, pour le mécanisme judiciaire, de tenter d’associer l’accusé avec l’action d’une organisation révolutionnaire, comme c’était le cas par le passé. L’identité politique de quelqu’un.e et le fait de garder une position intransigeante à son procès sont assez pour qu’une personne soit condamnée comme « terroriste individuel ». Quiconque choisisse de combattre selon les principes de l’anarchie peut donc être condamné.e en tant que terroriste, dés que ses choix la/le mettent au delà du cadre établi par la légitimité civile.

Bien entendu, cela ne doit pas diffuser le défaitisme. Au contraire, c’est une raison de plus pour intensifier notre lutte contre la domination capitaliste. Quiconque arme sa conscience pour arrêter le cycle brutal d’oppression et d’exploitation sera certainement la cible de traitements vindicatifs et autoritaires de la part du régime. Cela ne signifie pas que nous abandonnerons notre combat, dans un tribunal ou ailleurs.

Le fait que l’anarchie est ciblée par l’oppression étatique même dans un époque de reflux du mouvement devrait être source de fierté pour le mouvement anarchiste, la preuve que la lutte pour l’anarchie et la liberté est la seule façon décente de résister au totalitarisme de nos temps.

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[^^] Désarmons les..

Et plus récemment une version plus « dramatique ». Quand on vous dit que la Police gâche des vies !!

Une fonctionnaire de police a été tuée à Paris par un tir d'arme à feu venant d'un de ses collègues, dimanche 10 mars, a appris franceinfo de source proche du dossier. Les faits se sont déroulés au 36 rue du Bastion, le siège de la police judiciaire, près du palais de justice, dans le 17e arrondissement de la capitale. L'auteur du tir, un adjoint de sécurité, a manipulé son armé et appuyé accidentiellement sur la gâchette, touchant sa collègue en pleine tête.

Lire la suite sur francetvinfo, article du 10/03/2019.

[Antifascisme] Nouvelle vidéo de Guillaume Deloison

Fascisme : Restructuration autoritaire d’un capitalisme en crise. 


Cette définition nous est offerte par le triptyque brossé par Emilio Gentile dans Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation : « l’essence totalitaire du fascisme » et est articulée autour de ses trois dimensions constitutives : l’organisation (mouvement de masse où prévalent des jeunes organisés en parti milice et fondant son identité sur le sens de la camaraderie et une volonté de destruction de la démocratie parlementaire), la culture (mythique, identitaire et excluante, anti-égalitaire et hierarchique) et les institutions (appareil policier, parti unique, symbiose entre le parti et l’État, corporatisme économique, esprit impérialiste) ». 

C’est une base solide pour expliciter le combat antifasciste. J’ai découvert l’antifascisme et sa force théorique à nuit debout. Cette lutte m’a sorti d’un marasme subjectiviste et m’a appris ce que signifie politiquement la solidarité. l’antifascisme m’a appris à discerner les monstres qui se cache dans le clair/obscur des illusions, des espoirs déchues et de la colère. J’ai appris à regarder de face l’horreur de ce monde et sa banalité, la souffrance et la douleur qu’il a produit et tend à produire encore, et ce que le combattre implique, dans sa chair, dans son cœur, dans ses relations. Il y a bien pire que la violence, son injustice continue. Dans la situation actuel d’effondrement la lutte antifasciste est criante d’actualité et aucune révolution ne saurait se passer de son expérience. Parce que lutter contre toute obéissance, contre toute autorité et ses ravages est une nécessité : Je suis antifasciste. Ne pas l’être c’est fermé les yeux sur la trajectoire abominable du capitalisme, c’est laisser crever les autres dans le confort de l’apathie. 

Adapté d'un texte de Thomas Moreau

[Analyses] Il n’y a pas de gouvernement révolutionnaire

Pairi-daiza : urbanisation, destruction de l’environnement et tourisme de masse

[affiche] La liberté vient toujours avec un couteau entre les dents


Regardez autour de vous, mais faites-le avec vos propres yeux. Voyez-vous comment la planète est devenue une gigantesque poubelle industrielle ? Voyez-vous comment les États étranglent les esprits et portent la guerre et le massacre partout ? Voyez-vous comment tout repose autour de nous sur l’exploitation et l’oppression de milliards de personnes ? Pouvez-vous encore compter les millions de morts de cet immense bain de sang sur lequel ce monde a construit ses gratte-ciels, ses supermarchés et ses usines ? Les affamés, les noyés, les massacrés, les bombardés, les irradiés, les torturés, les voyez-vous toutes ces piles de cadavres entassés ?

Peut-être. Mais tout est fait pour que vous n’en voyiez rien. Vous êtes exploités au travail, où vous accomplissez des tâches dont le sens vous échappe, sans la moindre satisfaction. Vous produisez des objets nuisibles, des aliments toxiques, des instruments de mort, des marchandises inutiles. Vous surveillez votre semblable, vous le tenez en laisse par l’administration, les papiers, les allocations. Vous êtes contrôlés à chaque instant de votre vie, tenus à l’œil par mille caméras et anesthésiés par mille drogues et ersatz. Vous êtes dégradés en votre for intérieur, car vous vivez avec, pour et grâce aux appareils technologiques qui vous dominent. Vous ne voulez plus rien qui ne soit déjà pré-formaté pour vous, vous ne désirez plus rien qui ne s’affiche déjà sur les écrans. Vous ne faites, en fin de compte, qu’obéir.

Et pourtant, c’est à vous tous que nous adressons ces paroles. Car nous nous reconnaissons aussi dans ce sombre tableau. Il faut avoir le courage de regarder les choses en face, et de se regarder soi-même dans le miroir. Que sommes-nous devenus ?

Les ennemis de la liberté sont forts. L’État dispose de puissants moyens de coercition et de contrôle (de la police à l’armée, de la prison à l’école, de l’administration aux tribunaux). Les capitalistes ne cessent de progresser dans le perfectionnement de l’exploitation. Les chercheurs rajoutent chaque jour un nouveau barreau à notre cage technologique. Les politiciens, les chefs religieux, les intellectuels au service de l’ordre tiennent fermement en main les troupeaux humains.

Mais voyez-vous, rien n’est complètement perdu. Nous en sommes convaincus au plus profond de nos cœurs. Car d’autres choses sautent également aux yeux. Hier, ce sont des régions entières qui se sont insurgées au cri de la liberté  ; aujourd’hui, une vague de révolte déferle sur l’hexagone français et ailleurs. Des poignées d’insurgés lancent des attaques à tout va. Des casernes crament. Des entreprises crament. Des chantiers de nouvelles horreurs crament. Des institutions crament. Des laboratoires crament. Des antennes-relais crament. La rage montre ses dents.

Rien n’est complètement perdu. Chaque individu recèle en lui le choix de s’insurger. Seul ou avec d’autres, mais toujours en affrontant le pouvoir, en luttant. C’est le défi de la liberté qui réveille la dignité offusquée, la vie piétinée, le rêve aplati. Voilà pourquoi se battent les anarchistes, ces ennemis de tout pouvoir  : réveiller la liberté, la liberté qui viendra avec un couteau entre les dents.

Début février 2019, dans la Suisse montagneuse, un anarchiste a été jeté en prison [1]. On l’accuse d’avoir appelé à la révolte contre le pouvoir, et d’avoir agi contre l’État, le militarisme et la guerre, notamment en livrant aux flammes dix véhicules de l’armée suisse sur la base militaire de Hinwill en 2015 et en brûlant une antenne-relais des services de police à Zurich en 2016.

Ce compagnon anarchiste pris en otage par l’État est le nôtre. Solidaires avec lui, continuons de conjuguer la pensée libératrice et l’action destructrice, rivant nos regards sur l’ennemi. Solidaires avec tous les prisonniers anarchistes, continuons d’aller de l’avant sur les sentiers révolutionnaires de la seule guerre qui vaille : la guerre contre tous les oppresseurs et les exploiteurs, la guerre pour la liberté. Donnons à la vie l’exquise élévation de la rébellion du bras et de l’esprit.

Solidarité avec les prisonniers anarchistes

Mort à l’État

Des anarchistes de Zurich, Franche-Comté, la plaine d’Alsace et le massif vosgien, la Meuse, Paris et banlieue, Marseille, Bruxelles, Gand, Amsterdam, Barcelone, Berlin, Munich, South London, les Alpes occidentales, Trieste, Rome, Milan, Pise, Naples, le Salento, Sicile, Montréal.


Pour recevoir des exemplaires de cette affiche, vous pouvez écrire à anarchistes_solidaires@riseup.net

Note de Sans Attendre Demain :

[1] Une autre affiche est sortie en solidarité avec le compagnon incarcéré à Zurich.